3) St. Jean de Blaquière/Lodève le 19/07

Publié le par laurentour

 

...Les Terres Rouges...

 

 

St Jean de Blaquière - Usclas du Bosc - Prieuré de Grandmont - Soumont - Lodève

 

 

 

 

Km: 15

Cumul : 45

Départ : 8H00

Météo : 25 degrés - Nuageux - Vent moyen

Alt : 115 m - 400 m - 160 m

Département : Hérault

Hébergement : Gite communal 12.00 €/Nuitée

Coquilles : 4/5

 

 

C'est en arrivant au gîte de St Jean de Blaquière en milieu d'après-midi que je fais ma première rencontre de la journée en compagnie d'une jeune retraitée déjà installée dans une des chambres et qui semble aussi étonnée que moi de me voir arriver !
 
Habituée à randonner pour avoir déjà atteint SJC, elle me confirmera que depuis son départ d'Arles les rencontres sur le chemin ont été jusqu'à maintenant plutôt rare...
Dans la soirée, c'est un groupe de 4 femmes d'une cinquantaine d'années parcourant quelques étapes sur la voie  qui s'installeront dans la dernière chambrée du gîte... Si certains sont surpris de rencontrer autant de femmes sur les chemins, elles sont aussi déterminées, et contrairement à une idée reçue, un certain nombre d'épouses de croisés accompagnèrent leur mari durant la première croisade et effectuèrent en même temps le pèlerinage en Terre Sainte
 

Si je m'interroge sur le fait de rencontrer peu de personnes depuis le départ, c'est en comparaison à la route du Puy effectuée l'année dernière où j'ai ressentis dès le 1er jour et les jours suivants jusqu'à Conques comme une respiration, une énergie, tant le flot des pèlerins happé par le chemin ne cessait sans discontinuer de grossir les rangs comme un pouls battant à la mesure, réglé sur 220... Une atmosphère entièrement dédiée à St Jacques de Compostelle, visible et invisible depuis la bordure du chemin...  

 

A contrario, le chemin d'Arles apparaît plus sauvage et plus en harmonie avec la nature... Moins achalandé et très retiré des centres urbains, c'est un retour vers les origines antérieures aux croyances bibliques que nous fait vivre la voie d'Arles... Son environnement géologique parmi les moyennes montagnes et les collines traditionnellement sacrées et propices à quelques manifestations d'idoles remontant aux cultes Celtes, m'oblige à reconsidérer mon point de vue sur ce chemin encore vierge de toutes activité humaine.

 

Le lendemain grâce au jour de repos pris à Saint Jean de Blaquière les ampoules contractées depuis Saint Guilhem ont fini par disparaître. Cette bonne nouvelle va me permettre de reprendre mes grimpettes sans ressentir de douleurs à chaque pas. Merci les Compeed.

 

Après une matinée passée tranquillement à lézarder au soleil sur les marches de l'entrée du gîte donnant de plein pied dans la petite rue à la patine d'antan, puis déjeuner sous les platanes à la terrasse du restaurant située à côté de la mairie, je profite du temps splendide pour une petite balade dans les rues du bourg bâtit sur les anciens plans des premiers villages formés en enclos quasi circulaire avec en son centre l'église... De cette façon, les habitations construites dans cet espace s'y trouvaient protégées...

 

Si aujourd'hui quelques traces du passé subsistent, on peut encore apprécier le charme des petites ruelles très étroites et enchevêtrées ou résistent d'anciennes habitations aux styles caractéristiques des villages d'autrefois souvent agricoles ou vinicoles... D'ailleurs certaines ont encore la petite poulie en bordure du toit qui permettait de monter la paille au grenier...

 

Continuant en direction de la rivière et du château situés proche du quartier ecclésial, je passe sous un passage maçonné à même la roche et plafonné de poutres en bois qui me dépose à l'angle d'une une nouvelle petite rue aux murs pas très droits, percés de jolies maisonnettes aux portes en formes d'arches soutenues par 2 colonnes moulurées, laissant imaginer un artisanat de qualité...

 

A la rivière et on remontant vers le haut du bourg la vue sur les contreforts montagneux est une merveille. En fin de compte la journée de repos à St Jean de Blaquière fût une excellente idée.

 

Le lendemain matin bien rétablis et sans que personnes ne se soient installées dans les chambres depuis hier soir, je quitte le gîte vers 8 heures à destination de Lodève pour une étape de 15 km toujours sur les hauteurs du massif des Causses...

 

Quittant le bourg par la Grande Rue, puis le Grand Chemin, au km 2,5 après avoir traversé les parcelles de vignes, se profile le village de Usclas du Boch d'une centaine d'habitants, posé sur le versant d'une colline et adossé aux montagnes...On peut y découvrir un château du XVIIème siècle dont la porte d'entrée est timbrée de la gourde et de la coquille (symboles des pèlerins) et d’une croix de chemin, en forme de croix de Malte, datée de 1692. Il n’en faut pas davantage pour supposer qu'une Commanderie hospitalière était établie ici, avec pour activité principale l'accueil des pèlerins de... Compostelle.

 

Arrivé au pied du village en ayant arpenter des buttes de terres envahies de vignes, il me faut prendre de petites ruelles étagées avant d'atteindre la place du village... Un moment égaré dans un dès quartiers suite à un changement de dernière minute dans les balises du GR, je réusis à retrouver la rue de la Vierge qui m'expédie sans passer par la case Paradis, sur une piste en triste état se dirigeant vers les colines.

 

L'élévation brutale me contraint de serrer la ceinture du sac à dos et de courber l'échine... c'est toujours à peu près identique en chaque début d'étape, il faut grimper quelques kilomètres avant de pouvoir atteindre les plateaux... Prenant de plus en plus de hauteur sur le flan de colines touffu de végétations aux couleurs vives, je commence à distinguer au cours de l'ascension toute l'étendue du paysage s'ouvrant sur la plaine alluviale bordée des contreforts montagneux du massif où s'érigent au fur et à mesure le balai de pics et sommets aux noms rappelant d'anciens vocables régionaux. Progressant à découvert de terrasses en terrasses rocheuses accessibles par les uniques sentiers balisés, sinon gare au jardinage dans ces lieux isolés, je finis par atteindre le haut du plateau balayé par les vents et voir apparaître à l'approche d'un bois correctement entretenu une croix plantée dans un bloc de pierre...

 

Si les montagnes ont souvent attitré notre curiosité et respect, ici à son sommet à la vue panoramique l'effet est garanti ! A peine sortis du bois parfumé de diverses essences odorantes et planantes je découvre avec stupéfaction un domaine composé de plusieurs bâtiments et d'un parc que je devine au-delà d'une cour gravillonnée... M'approchant d'un écriteau au-devant de l'entrée fortement consolidée je peux lire et comprendre que le site au nom du Prieuré de Saint Michel de Grandmont servit de monastère et de lieu de recueillement aux alentours du XIIème siècle tenu par un ordre monastique catholique évoquant les règles du père fondateur de St Etienne de Muret et qui recherchait avant tout l'éloignement des hommes et du monde, la pauvreté absolue tant individuelle que collective et une vie entièrement vouée à la prière.

 

En avance sur les délais et curieux de découvrir l'histoire de ce lieu peu commun, je m'invite à la visite guidée du monastère et du parc en compagnie de touristes Français, Espagnols et Italiens...  

 

Après avoir traversé de nombreuse crises, financières, disciplinaires, usurpation de propriété, troubles liés aux guerres de tout ordres, l’ordre de Grandmont sera supprimé en 1772, et le, monastère et son domaine seront attribués au chapitre cathédrale de Lodève. Déclaré bien National par la Révolution il est vendu aux enchères en 1791 à un négociant de Lodève, puis revendu en 1849 à Etienne Vitalis. Celui-ci transforma les bâtiments monastiques en vastes chais, et aménagea à l’étage les ailes sud et est en appartements aux percements modernes. 

 

Acheté en 1957 par la famille Bec qui a entrepris avec l’aide du Service des Monuments Historiques sa réhabilitation (restauration de l’église, réfection des toitures, puis restauration du cloître), il sert désormais de lieu de rencontres culturelles et d’expositions artistiques ou de cadre de concerts, servis par l’acoustique remarquable de l’église. Cet ensemble constitue aujourd’hui une pièce remarquable du patrimoine architectural national, car il est le seul exemple d’un monastère Grandmontais conservé dans son intégralité, et son cloître est le seul cloître de l’ordre encore intact.

 

Le clou du spectacle intervient lors de la visite du parc au style botanique où demeure sans connaître leurs véritables origines un groupe de pierres de dimensions démesurées datant parait-il  du 2ème millénaire avant JC... Fixées sur des belvédères naturels en direction de la voûte céleste, ces pierres le plus souvent qualifiées de menhirs ou mégalithes par les archéologues auraient eu des fonctions d'observatoires astronomiques pour certains ou tout simplement utilisées dans le cadre de rites populaires pour d'autres...

 

En fin de visite nous découvrirons des sarcophages Wisigothes situés proche du monastère apportant plus d'éclairage sur l'importance du site avant l'arrivée des moines.

 

Vers 15 heures la visite terminée je reprend le chemin en direction de Lodève sans qu'apparaisse de grosses difficultés mis à part de volumineux rochers que je croise plantés pèle-mêle, apportant du coup à l'environnement fortement boisé et vallonné une atmosphère minérale...

 

Marchant sous une végétation rappelant les pinèdes méditerranéennes, c'est maintenant le charmant petit village de Soumont d'apparaître de nul part, bien calé entre 2 plissements de terrain recouvert de verdure comme si un jardinier avait sculpté de ses ciseaux la canopée végétale au millimètre près... Anciennement prospère grâce à son sous-sol riche en minerais et de ses mines fermées de nos jours, on peut encore distinguer à l'oeil nu les dégâts occasionnés sur la nature pendant les décennies à extraire le minerais, fouillant, retournant, expulsant la roche, pliant du coup l'environnement en quantités d'ourlets de terre... la nature ayant repris ses droits en recouvrant de verdure les mouvements de terrains artificiels, c'est aujourd'hui redevenu le paradis de la faune et de la flore correctement sauvegardé et protégé à l'intérieur du parc naturel et régional du Haut-Languedoc.

 

Stoppant quelques minutes sur la placette du village ombragée d'un vieux platane, seul rescapé d'une époque révolue, je profite de ce temps de repos pour me ravitailler à la fontaine en eau bonne à boire...  

 

Quittant le village de Soumont à l'aide de petits sentiers escaladant en cascades les collinettes environnantes, je remarque au fur et à mesure de ma progression un changement dans le profil du terrain avec toujours autant de rochers XXL dont certains sont à peine visibles car complètement intégrés au paysage... Moins gêné par la végétation devenue plus courte et moins dense, j'ai maintenant sur ma gauche un champ de vision ouvert au maximum sur ce qui semble être la plaine du Salagou et son lac d'une surface de 700 hectares dominés par les monts et plateaux culminant entre 300 et 400 mètres... La vue est splendide depuis ma position, d'une distance à vol d'oiseau de plusieurs km, je longerais ce panorama exceptionnel durant 1 heure avant d'attérir sur une succession de plateformes rocheuses de dimensions inouies, à emprunter avec attention, et toujours orienté vers des paysages uniques.

 

Presque arrivé au vue des pancartes sur le bord du chemin indiquant les hébergements ouverts, j'ai le pressentiment que la ville de Lodève va jaiilir subitement de derrière une coline... En attendant d'apercevoir le clocher d'une cathédrale comme c'est souvent le cas, le chemin et les balises me dirigent vers des enclos où galopent quelques chevaux dont certains sont montés par des cavaliers à la tenue équestre... Demandant aux cavaliers si je suis bien dans la bonne direction pour me rassurer, ils me confirment que je suis sur la bonne voie et m'indiquent par la même occasion d'aller me rapprocher des antennes situées légérement en dehors du chemin où l'on distingue Lodève.

 

Arrivé à hauteur des poteaux rafaler par le vent provenant d'en face, il me faut avancer de quelques mètres pour découvrir avec surprise une vue générale surplombant comme elle se nomme la vallée de la Lergue où s'étale avec précision la ville de Lodève... De premier choix, la vue depuis cette hauteur permet de visionner le territoire et ses montagnes dans son ensemble, mais également de percevoir dans la conception de la ville et de ses quartiers une géométrie circulaire confirmant le style des premiers batisseurs.

 

La descente sur une petite route goudronnée en lacet vers la cité prendra environ 1 heure avec des vues splendides sur la cathédrale St Fulcran grossissant au fur et à mesure... Enfin atteint le centre ville c'est vers le gîte communal que je me dirige en découvrant les quartiers et ses ruelles, et d'apprendre que le festival de la poésie s'est installé pendant une semaine sur toute la cité.

 

Fin de l'étape - Crédentiale tamponnée

 

 

Publié dans Hérault

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